Just so stories

04 août 2017

28/01/2017 - réflexions sur la vie

Comme je le lui avais promis, je retournais voir M. Je sonnais. Elle mit du temps à venir ouvrir. Elle avait les traits tirés, quelquechose n’allait pas. Je proposais de remettre ma visite à une autre fois, mais n’osais pas poser de question. « Mais non voyons, entrez et soyez la bienvenue. ». Je m’exécutais. Le thé était prêt, déjà installé dans le salon (« heureusement que je suis venue »). Nous nous installâmes. A la grimace qu’elle fit en s’asseyant j’eus envie de lui demander ce qui se passait mais je n’en eu pas besoin. « L’arthrose. Vous êtes jeune, profitez-en. Quand on devient vieux, c’est rare de ne pas avoir mal quelquepart ». Cette remarque me toucha. J’étais jeune oui, et en même temps plus « très jeune ». Jeune pour une personne âgée, mais déjà une « madame » pour un étudiant par exemple. J'avais déjà l’âge auquel on ne demande plus l’âge (en tout cas l’apparence !). Et je me dis que oui je devais profiter de ma forme, de mon corps, de ma beauté même tant qu’ils étaient là. « J’étais une très belle femme vous savez, et regardez comme je suis devenue ! ». Et c’était vrai. Ça se voyait. Des cheveux encore mi-longs, des traits fins, elle était restée mince et surtout souriante. Son visage était lumineux. « Vous l’êtes toujours. Je ne dis pas cela pour vous flatter, c’est vrai. Vous êtes soignée, souriante, ouverte, vous avez toujours le goût de la vie. C’est cela votre beauté. Mais je comprends ce que vous voulez dire. Vous êtes belle mais vous n’avez plus la beauté plastique de la séduction. Vous ne faites plus partie des proies potentielles ! Je veux bien croire que ce soit dur de ne plus être admirée ». J’espérais ne pas avoir été trop directe et ne pas l’avoir choquée. « C’est dur oui en un sens mais j’ai bien vécu, j’ai eu toute une vie bien remplie et je ne l’oublie pas. J’ai vécu la guerre et la répression, et vous savez je me suis toujours dit dans les moments critiques que je voulais un jour être vieille. C’est une chance de devenir vieux, tout le monde ne l’a pas cette chance… » J’étais impressionnée par sa capacité de recul. Cette femme avait beaucoup de choses à m’apprendre visiblement. « Allons, assez parlé de vieillesse, je vous sers une tasse de thé ? ». J’acquiesçais d’un sourire.

« M, une question me brûle les lèvres depuis la semaine dernière. Pourquoi êtes-vous venue vivre en France ? ». Elle me regarda en souriant.

« Mon mari était chercheur. Biologiste. Le parti communiste de Yougoslavie nous avait accordé le droit de nous rendre à Paris pour un congrès. Je ne sais plus très bien de quoi il s’agissait. Ses recherches portaient sur l’alimentation. Enfin je crois. En tous cas nous sommes venus à cette occasion. Un laboratoire lui a proposé de rester. Bien sûr nous nous étions engagés à revenir, nous prenions en restant le risque de ne jamais revoir nos familles.»

« Pourquoi avez-vous accepté ? »

« L’opulence matérielle ne nous intéressait pas. Nous voulions être libres. Mon mari être surtout libre de mener ses recherches en toute indépendance. Moi je voulais une liberté d’esprit dans l’éducation que je donnerais à mes enfants. Et puis, la Slovénie faisait à l’époque partie de la Yougoslavie, nous étions sous occupation. Une double occupation yougoslave et soviétique. Enfin surtout moi. Mon mari, qui était serbe, ne voyait pas la présence yougoslave du même œil que moi. »

« En quelque sorte venir en France vous a permis de vous retrouver au même niveau, deux expatriés ? »

« Il y a de cela oui… ça a rééquilibré notre couple. C’est fou comme l’environnement peut avoir des effets sur les relations ! »

« Et ça a marché, je veux dire avez-vous trouvé ici ce que vous attendiez ? »

« Je ne sais pas … c’est difficile de répondre à cette question. J’ai passé plus de temps ici que dans mon pays natal. C’est un peu comme si vous me demandiez si j’ai réussi ma vie. On ne réussit pas ni on ne rate une vie. On la vit c’est tout, avec ses joies et ses peines, et plus ou moins longtemps. La culture de performance est tellement ancrée dans nos têtes que nous devrions réussir jusqu’à nos vies ! Enfin je m’égare, ce n’était pas vraiment l’objet de votre question je crois. Vous savez quoi, je vais y réfléchir et je vous répondrai la prochaine fois.

« Bien sûr, enfin ne vous sentez pas tenue de me répondre c’était une question comme ça ». « Je vais y aller, à samedi prochain ? ».

« Oui à samedi, merci pour vos visites, elles me remplissent de joie. »

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02 août 2017

20/01/2017 - comment M rentra dans ma vie

C’était une vieille dame charmante, mais malgré mon envie de la connaître davantage je n’avais jamais franchi le pas de l’inviter à prendre le thé à la maison. Je sentais chez elle une pudeur que je ne souhaitais surtout pas froisser. Ce jour-là je pris toutefois la liberté de lui apporter quelques douceurs afin de lui témoigner ma sympathie (ou plutôt devrais-je dire ma présence en cas de pépin ? Oui c’était davantage cela, une démarche altruiste mais distante). Elle fut étonnée de me voir, j’eus l’impression qu’elle ne voulait tellement pas être un poids pour les autres qu’elle n’avait jamais envisagé qu’on puisse se sentir une quelconque responsabilité vis-à-vis d’elle. Je lui offris les macarons achetés le matin au marché (de vrais macarons, pas des bonbons-macarons multicolores, que j’avais choisis pour leur longue espérance de vie en bonne santé). Elle en fut très touchée malgré sa surprise et me proposa immédiatement d’entrer. Je n’avais pas vraiment prévu de m’attarder mais je savais que l’occasion ne se représenterait peut-être pas de sitôt. Après un premier refus de politesse, j’acceptais donc.

L’intérieur était évidemment vieilli, les peintures, les rideaux, les tapis évidemment usés voire décrépis. A quoi d’autre peut-on s’attendre quand on pénètre dans un endroit habité depuis peut-être plus de 50 ans par une même personne ? Mais mise à part l’usure, on n’avait pas l’impression d’être dans une maison de vieux. Pas de dentelle, pas de vitrine, pas de lustre… Non, une décoration sobre et épurée, presque intemporelle. Et surtout une agréable odeur de fleur d’oranger. Je m’y sentis bien instantanément. Elle me laissa quelques instants « le temps de faire chauffer l’eau » (ce qui signifiait en plus de chauffer l’eau du thé disposer sur un plateau quelques macarons dans une coupelle, deux assiettes à dessert et deux fourchettes, un petit pot de lait froid, quelques rondelles de citrons, du miel et des carrés de sucre de canne). J’eu ainsi le temps de jeter un œil, rapide, sur les photos de famille exposées sur les murs. Il s’en dégageait beaucoup d’amour et de confiance partagée. Sa famille avait dû être très heureuse. « Mais ne restez pas debout, asseyez-vous ! » m’intima-t-elle en posant le plateau garni sur la table basse du salon.

Passées les banalités d’usage, j’eu envie de lui poser mille questions, depuis combien de temps vivait-elle ici, pourquoi était-elle venue, avec qui, pourquoi était-elle restée, combien avait-elle eu d’enfants, où étaient-ils, est-ce qu’elle s’ennuyait dans cette grande maison, … mais bien sûr je n’osais pas, ne voulant pas la brusquer. C’est elle qui s’engagea, comme si elle lisait dans mes pensées. « Je suis arrivée en France en 1962, j’avais trente ans, au début nous vivions à Paris et nous avons fait construire cette maison quelques temps après notre arrivée. Je voulais retrouver un peu de nature, c’est cet aspect de la Slovénie qui me manquait le plus ». Soudainement mon portable vibra. Malgré ma réserve, je ne pus m’empêcher de regarder le message de mon mari qui me demandait de rentrer sans donner d’explication (c’était mon anniversaire, ceci expliquait peut-être cela). Je m’excusais platement, lui disant que j’aurais vraiment voulu en apprendre un peu plus sur elle. « Revenez quand vous voudrez si ça vous intéresse, je vous raconterai ! ». Je promis de revenir prochainement et m’éclipsais.

C’est ainsi que M rentra dans ma vie.

Posté par Magic wand à 18:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 août 2017

Bienvenue

Bonjour,

Je viens de créer ce blog avec pour seule ambition de partager quelques écrits, et de recevoir des commentaires (constructifs!) en retour.

Alors n'hésitez pas à vous exprimer !

A bientôt,

Magic Wand

 

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